L’histoire de la maison

« Il arrive que certains lieux, certaines bâtisses, nous appellent. »

Jeanne Robinson

Nous

Jour après jour, je passais devant cette maison bourgeoise, à l’allure légèrement mélancolique, comme si elle attendait que quelqu’un lui redonne une âme.
Souvent la vieille propriétaire se tenait au balcon, regardant le va et vient de la rue, et me saluait doucement de la main.
J’étais convaincu qu’un jour j’achèterais cette maison et la faire revivre. Quelques années plus tard, en 2014, le rêve se réalisait.

Lors d’une visite, on m’avait parlé d’un magistrat (voir ci-dessous), ancien maître des lieux, le nom La Maison du Magistrat s’est imposé.

Architecte d’intérieur, mariée à un maçon, nous avons peu à peu entrepris les travaux indispensables afin de rendre à la maison l’allure d’une demeure du 19ème siècle.
Petit à petit la maison a commencé à dévoiler ses secrets : sous les multiples couches de papier peint moderne, réapparaissaient les couleurs d’origine. Les mêmes couleurs que j’avais choisies.

Réalisées patiemment sur notre temps libres, les rénovations se sont étalées sur plusieurs années. Je cherchais une date appropriée pour l’inauguration des chambres d’hôtes. Nous avons ouvert les portes des chambres d’hôtes le 24 mars 2023, soit deux cents ans, jour pour jour, depuis la naissance à Durban du grand père du Magistrat, Joseph Dupré.

Vers la fin des travaux, pour remplacer l’originale disparue, j’avais trouvé une boule de rampe d’escalier, ce que les anciens appelaient ‘l’âme de la maison’. Pour moi, cela représentait la renaissance de la maison.

Aujourd’hui, nos hôtes témoignent d’un profond sentiment de paix et d’harmonie ressenti tout au long de leur séjour.

Cette année, en 2026, la création d’un site Internet nous permet de valoriser les cent ans depuis que le Magistrat a hérité de la maison de sa tante.

Le Magistrat

Joseph Julien Fernand Dupré nait le 22 juillet 1886 à Durban-Corbières.

Issu d’une famille modeste, son grand-père, d’abord domestique, regrattier et revendeur, devient par la suite boucher. Quatre de ses cinq premiers enfants sont décédés en bas âge.

Son fils ainé, Joseph Armand, devient cafetier et limonadier au café des Fleurs à Durban. Sa première épouse décède en décembre 1879 suite à l’accouchement de leur fille, laquelle décède elle-même à l’âge de sept mois. Cinq ans plus tard, il se remarie et le fils unique de ce mariage, Joseph Julien, appelé couramment Julien, le futur magistrat, nait l’année suivante.

Plus tard, la famille déménage, d’abord à Thézan, puis s’installe à Toulouse, rue de l’Artillerie, où Julien a l’opportunité d’étudier à la faculté de droit. Il obtient la licence de droit en 1908 et le doctorat en 1913. Ensuite, il part pour l’Indochine où il fait toute sa carrière de magistrat.

Le 10 novembre 1916, il se marie une première fois et le 14 il part combattre en France, accompagné par sa jeune épouse sur le paquebot Magellan, qui est torpillé le 16 décembre en Méditerranée. Il y a 36 morts. Les rescapés sont secourus par un autre navire, le Sinaï, qui est torpillé à son tour quelques heures plus tard. Les époux Dupré sont secourus une deuxième fois par le Lotus et arrivent finalement à Marseille le 19 décembre 1916.

Dans l’armée, Julien gravit rapidement les échelons : il est nommé caporal en juin 1917, sergent en août 1917 et sous-lieutenant en août 1918. Trois mois plus tard, le 1er novembre, dix jours avant l’armistice, il est grièvement blessé au combat dans les Ardennes, à Chestres.

Son engagement au service de la France est reconnu par l’attribution de trois grades de la Légion d’honneur : chevalier, officier et commandeur.

Sa carrière professionnelle connait une progression remarquable : de simple juge suppléant en 1910, il devient procureur en 1918 et procureur général à Saigon en 1934.

Sa vie est marquée par la tragédie avec le décès de sa première femme en 1918 et de son premier fils, Albert Lucien, à l’âge de trois ans en 1923 lors d’un séjour à Durban. On peut voir dans le cimetière de Durban le tombeau de ce petit enfant entouré par une clôture en fer, avec la pierre tombale érigée dans un coin. Ses deux parents décèdent beaucoup plus tard, son père Julien en 1954 et sa mère Geneviève Beugnon en 2002, tous les deux à Nice.

Leur deuxième fils, Jacques Lucien, nait à Hanoï en 1924 et devient avocat.

Né d’origine humble, Julien Dupré, le Magistrat, par la seule force du travail et de la persévérance, s’est élevé jusqu’à devenir une personnalité.